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MONIN DANS LE SIROP

Nous l’avions un peu pris en compassion. Un petit juge qui lutte vaillamment contre l’establishment, même s’il s’y prend mal, a naturellement droit aux colonnes du Pan présent dans les palais d’Arlon à Tournai. Ici le prévôt est dinantais. Il avait pris 6 mois avec sursis en 2005 pour outrage à magistrat et violation du secret professionnel, refusant de signer un jugement dans une affaire de pédophilie, révélant que son chef de corps présidait l’institution qui hébergeait les enfants abusés. Mais les affaires depuis se sont multipliées. Et solidement corsées. Le juge Monin est carrément tombé dans le sirop. Des héritiers reprochaient à son père, qui était banquier, de s’être accaparé des titres du défunt. Et lui de les avoir blanchis. Plus incroyable, il lui est aussi reproché d’avoir fomenté une folle affaire d’intrigante faisant du chantage à l’attouchement sexuel dans des soirées mondaines. Un très célèbre robin français y aurait versé 50.000 EUR pour échapper à la honte. Après 5 années de suspension d’exercice de son office, le voilà condamné par la Cour d’appel de Liège à 5 années … de prison ferme. Il avait multiplié les incidents d’audience, les requêtes en récusation, les plaintes pénales et tout ce qu’il pouvait de recours en cassation. Rien n’y fit : Luc Monin est définitivement dans le pétrin. Le 20 avril dernier, le magistrat était donc condamné au fond, dans le cadre du seul et unique degré d’instance qui lui était accordé. Un magistrat n’a - oh curiosité - pas droit au double niveau de décision. On appelle ça le « privilège » de juridiction … Certes, le « privilégié » était entré en résistance. Adoptant ce qu’on peut qualifier être une défense de rupture. Ne comparaissant pas à une audience, tentant ensuite l’opposition. Ce fut perçu par les cours comme l’ukase – risqué – de trop. « Opposition non avenue » a été proclamée. « Il n’avait qu’à venir » ... A Liège, les conseillers ne sont pas tendres comme la violette ou le lacquemant. Le Procureur général de cassation Damien Vandermeersch avait bien essayé de défendre, dans son avis récent devant la cour suprême, le manque de garanties équitables de la procédure. Mais les chiens de faïence sont restés sourds, contraignant celui qui sera bientôt écroué à introduire l’ultime recours, malheureusement non suspensif, devant la Cour européenne des droits de l’homme. C’est la pénaliste namuroise et prof de droit Nathalie Colette-Basecqz qui s’en chargera. Mais qu’est donc venu faire avant elle et après Bernard Mouffe à la défense, l’avocat bruxello-liégeois Marc-Léon Levaux ? Cet ancien conseiller communal d’extrême droite à Verviers était-il le parangon à choisir ? Arrêté et jugé dans l’affaire du proxénète Neven à Liège, condamné par défaut pour une dénonciation calomnieuse avant de faire opposition, ou encore contradictoirement pour haine raciale avant de faire appel, son intervention ne pouvait qu’enfoncer davantage Monindans la mélasse. 

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