La suggestion n’est pas anodine. Le blocage de réseaux sociaux serait une première dans les pays occidentaux. Le problème c’est qu’il est impossible de distinguer entre les émeutiers, les manifestants pacifiques et les autres. Donc, la coupure serait pour tout le monde, pour une durée limitée. La suggestion s’inscrit dans la foulée d’un projet de loi sur l’activation à distance des appareils électroniques d’une personne à son insu si cette dernière est accusée de crimes et délits passibles de plus de 5 ans d’emprisonnement… Pratiquement, cela signifie permettre, par exemple, d’activer le micro ou la caméra d’un téléphone ou d’un ordinateur, même s’ils ne sont pas allumés, pour filmer ou écouter les alentours. Ou encore de géolocaliser un conducteur via le système électronique de sa voiture… Pour Quadrature du Net, l’association de défense des libertés numériques, « couper les réseaux sociaux » en cas de crise serait anticonstitutionnel. L’idée relève surtout des fantasmes que l’on plaque sur les réseaux sociaux, sans connaissance réelle de leur impact. Il existe une immense diversité de réseaux, avec des fonctionnalités et des utilisations différentes. A ma connaissance, il n’existe aucune étude démontrant que ces applications jouent un rôle prépondérant dans la violence physique. Il s’agit d’outils de communication : s’ils sont coupés, les personnes trouveront un moyen de communiquer autrement. Cette proposition relève d’une réponse politicienne, de court terme, qui ne résoudra rien. Enfin, c’est surtout se tromper de débat. Ne nous leurrons pas : les réseaux sociaux ne sont pas les causes des violences physiques, mais leur symptôme. Les révoltes qui ont lieu depuis la mort de Nahel sont liées aux problèmes structurels et sous-jacents des zones pauvres urbaines. S’attaquer aux symptômes plutôt qu’aux causes, n’est-ce pas le meilleur moyen de s’assurer que d’autres révoltes, plus violentes encore, auront lieu ? Editeur responsable Soluxions Magazine www.soluxions-magazine.com