Au cœur du développement, la mentalité. 

Un indice de changement peut-être (mais à quelle échéance ?), Kinshasa vient d’accueillir le Forum de la Jeunesse pour les Forêts d’Afrique Centrale, les 31 mai et 1er juin. Le Congo est l’un des pays les plus riches du monde. S’il se trouve cependant parmi les plus pauvres en termes de développement et de revenu par habitant, c’est essentiellement en raison du facteur humain. Son futur est plombé pour cause de mentalité délétère. Sociologues, politologues et «autres-logues» dissertent depuis des lustres à ce sujet, mais la dictature de la bien-pensance a ses œillères qui masquent la responsabilité première collective. Lorsque la question de mentalité est évoquée, l’on se borne trop souvent à fustiger la corruption de la classe politique; elle a bon dos, mais c’est un peu court. Cette caste ne provient pas de nulle part. Elle est constituée de Congolais. Depuis l’indépendance, elle a été renouvelée plusieurs fois sans que cesse l’esprit de prédation; c’est dire que cette mentalité est ancrée dans l’Histoire collective. Une responsabilité congolaise avant tout. Certes, il existe des influences extérieures néfastes, mais les Congolais auraient pu les combattre s’ils s’étaient dotés d’un État fiable au cours des soixante-quatre dernières années. Laissons de côté aujourd’hui le descriptif des jeux politiques pour relever ici qu’à la base, il y a l’idée saugrenue que vivre dans un pays potentiellement riche est en soi la garantie du futur. Or, ce n’est qu’une situation, et rien n’en émergera sans le facteur humain. Jamais ! 

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L’arbre qui cache la forêt

Parmi les ressources naturelles porteuses d’avenir, la forêt constitue un atout gigantesque. Le Congo est le principal poumon du monde. La forêt amazonienne est la plus étendue mais l’écosystème régional consomme quasiment tout le CO2 qu’elle produit. En réalité, le seul poumon de la Terre se situe sur le territoire du géant africain. La destruction des forêts primaires pourrait être stoppée en y substituant l’exploitation de puits de carbone. Pourtant, si ce discours est tenu, une mode mondialiste, l’on reste très loin des réalisations locales. Même le législateur tarde à déterminer un cadre légal de développement de cette ressource capitale; parfait exemple de mentalité à combattre. La passivité est un fléau. Ce Forum de la Jeunesse se situe dans le cadre fixé par le PFBC. Cette initiative n’est ni congolaise ni même africaine mais américaine: c’est Colin Powell (oui, l’homme qui disait disposer des preuves des armes irakiennes de destruction massive) qui a lancé en 2002 le PFBC (Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo). En toile de fond, la résolution 54/214 de l’Assemblée Générale de l’ONU soulignant «l’importance des forêts de l’Afrique centrale, dont les caractéristiques naturelles interviennent de façon déterminante dans l’équilibre de la biosphère de la planète tout entière». Un enjeu mondial plaçant le pays au beau milieu de l’échiquier international tandis que les Congolais s’en désintéressent pour la plupart. Le sport national, c’est «chercher l’argent», pas le produire ni même le gérer. Pernicieuse mentalité !

Au moins, ce Forum de la Jeunesse, organisé par le PFBC, aura servi de grand-messe au cours de laquelle des principes élémentaires de gestion des ressources auront été réaffirmés. Espérons qu’il y a eu parmi eux un futur décideur qui les appliquera un jour ou l’autre. Les jeunes présents y ont pris de belles postures, d’autant plus volontiers qu’ils n’auront pas à s’en charger. Les autorités officielles ont ensuite rendu hommage à ce bel élan, mais il faudra s’en contenter en guise d’action. Déclaration classique, Benjamin Toirambe Bamoninga, secrétaire général au Ministère de l’Environnement et Développement durable en RDC, a appelé ces jeunes «à s’impliquer pour la matérialisation de plusieurs recommandations qu’ils ont formulées à l’issue de ce forum, notamment la nécessité de développer la coopération internationale sur la protection des zones de ressources naturelles et la nécessité d’appuyer le réseau des aires protégées en Afrique centrale, de lutter contre la criminalité environnementale et de promouvoir la coopération, le dialogue scientifique et académique». Ouf, la Terre est sauvée, et le Congo aussitôt enrichi. Ite missa est.