Article de la semaine
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LA MER… SES REFLETS CHANGEANTS… 
SES REFLETS D’ARGENT !

La semaine passée, plus de 8.000 migrants ont rejoint Ceuta, enclave espagnole à l’Est de la Côte Nord du Maroc. Cela n’aura échappé à personne, les médias traditionnels, n’hésitant jamais à multiplier les images de migrants désespérés, d’enfants frigorifiés, seuls, épuisés. 

Bien entendu, ces images suscitent l’horreur, la solidarité, la culpabilité, la révolte. Les autorités espagnoles et donc européennes passent pour inhumaines face à la détresse de ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants venus de tous pays d’Afrique. Pour fuir des conditions de vie intenables, ils sont prêts à tout pour rejoindre ce qu’on leur a vendu comme l’Eldorado européen. Et nous leur fermons la porte. C’est inhumain. Si l’on n’y prend pas garde, le problème est malheureusement aussi simple que cela.

Et pourtant, il est beaucoup plus compliqué, et cet afflux soudain de migrants est loin d’être un hasard. Politiquement d’abord. Parce que l’Espagne a accepté il y a quelques semaines d’hospitaliser le chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali, pour y être soigné du Covid. Et cette question du Sahara est extrêmement sensible pour la diplomatie marocaine. La tension entre le Maroc et l’Espagne (et l’Europe) est donc en arrière-fond de cet afflux de migrants qui sont en fait un réservoir de chair à canon dont le Maroc ouvre ou ferme les vannes pour faire pression sur l’Europe. Du côté marocain, la surveillance à la frontière a subitement été abandonnée, encourageant ces milliers de migrants à une aventure dangereuse et pourtant inutile, puisque plus de la moitié d’entre eux a déjà été ramenée manu militari à la frontière marocaine. Alors la coïncidence avec la tension politique est… étonnante. Et on peut d’ailleurs également se poser la question de savoir pourquoi l’Espagne a accueilli Brahim Ghali !

Géopolitiquement ensuite, parce que Ceuta est forcément un endroit particulier. Une enclave de 80.000 citoyens espagnols située sur le continent africain, au milieu du littoral marocain. Enclave sous souveraineté espagnole revendiquée par le Maroc depuis 1956, mais possédant le statut de ville autonome depuis 1995. Souveraineté espagnole qui n’est, soi-dit en passant, ni reconnue par la plupart des pays d’Afrique, ni par l’Union africaine, ni par l’Organisation de la coopération islamique, ni par la Ligue arabe, ni par l’Union du Maghreb arabe. Petit territoire complexe à la légitimité fragile qui nous rappelle un autre (moins) petit territoire complexe au sein dusquel les légitimités se confrontent…

Eh bien, envoyer 8.000 migrants en une semaine sur ce petit territoire de 80.000 habitants reviendrait proportionnellement à faire débarquer plus d’un million de migrants sur notre petit littoral noir jaune rouge… Gageons que, quelle que soit la solidarité que suscite la situation des migrants, la pression que cela mettrait sur notre politique, notre économie, notre population, et probablement même nos valeurs les plus fondamentales serait difficile à soutenir.  

Socio-économiquement enfin, puisque Ceuta exporte chaque année 700 millions d’euros de marchandise au Maroc. Le contraste avec la situation économique aux alentours est trop grand. Comme souvent dans ces cas-là, une grande partie de la région vit de contrebande. Mais depuis plus d’un an, les autorités ont décidé de réprimer totalement ces activités de contrebande. Décision louable s’il en est, sauf que des milliers de famille vivaient de cette économie illégale et qu’aucune alternative n’a été pensée pour leur permettre de gagner leur vie autrement. La situation économique de certains, aggravée par le poids du Covid sur une économie de tourisme et d’exportation, est devenue du même coup désespérée. On assiste donc à une explosion de la criminalité, à des trafics mieux organisés, plus violents, qui transitent quotidiennement par centaines de zodiacs jusqu’à la côte Sud de l’Espagne… Mais ces bateaux-là, bien qu’ils débarquent eux aussi de nuit sur les plages, vous ne les verrez pas dans le JT… Ça pourrait vous faire peur au lieu de vous culpabiliser !  

 

Ergotine

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