Article de la semaine
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MONSTERS VERSUS ALIENS

 

ANDRÉ LUTGEN, FRANÇOIS PRUM, GASTON VÖGEL, DANIEL CRAVATTE, STÉPHANE MAAS, ÉRICDUPONT-MORETTI, FRANÇOIS MOLINS, CAROLE FRUY … 
SOUS LES FEUX DE LA RAMPE

 

Les tensions remontent ces derniers temps, un peu partout, entre magistrats et avocats. Beaucoup plus d’ailleurs qu’à l’initiative d’avocats eux-mêmes à l’encontre de magistrats. Les planètes semblent irréconciliables. Monsters versus aliens. Que se passe-t-il ?

Nos voisins du Grand-Duché du Luxembourg d’abord, nous vous l’avions relaté, sont tout en émoi d’un renvoi devant le tribunal correctionnel du ténor Me André Lutgen. Sur poursuite du parquet, avec la bénédiction d’un juge d’instruction. Un comble pour celui qui commença sa carrière comme substitut puis lui-même comme … juge d’instruction directeur. Et une cruelle inversion pour celui dont le credo est l’assistance dans le désarroi humain de ses clients chefs d’entreprise, reconnaissant la période de procès comme étant la plus marquante d’une vie. Son avocat, Me François Prum, est monté sur les remparts de la ville. Quoi ? On incrimine un bavard pour un e-mail envoyé à un « Proc » et deux ministres ? « Un avocat écrit à qui il veut, vous m’entendez » ? « 3 sur 5 » répondit l’écho. Car qu’en est-il des suspicions d’outrage à magistrat et d’intimidation ? L’intimidation, cela vaut de 5 à 10 ans de prison. Prum s’époumone sur le Plateau du Saint-Esprit, haut-lieu du judiciaire chez les luxos, peut-être à tort sur cet argument de réponse : « Lutgen a été blanchi par la justice de ses pairs, bien plus sévère. Si un avocat est blanchi par l’Ordre, la justice pénale n’a pas à le poursuivre ». Ce serait sans doute trop facile. Et le procès tourne déjà au vaudeville.  A commencer par un président qui rappelle les règles de distance sanitaire dans une salle bondée de tout le barreau du Luxembourg. « Vous êtes tous des femmes et hommes de loi, vous devez la respecter ». Vient l’avocat Gaston Vögel, en délaisser une couche : « Je ne porte pas de masque ! ». Le Président menace de la faire évacuer tout le monde. Et Vögel de remettre son masque et se planter devant lui au premier rang pour le narguer. Le juge d’instruction arrive et commence par se retrancher derrière la poursuite du parquet, qui n’est pas de son fait, pour longuement témoigner et ne se constituer partie civile, habilement, qu’en toute fin d’audience. A la fois témoin et plaignant, tout va bien. Une opérette qui sera surjouée à l’audience suivante. Car le juge d’instruction, soumis au feu de l’inquisition avant d’être plaignant, a parfaitement reçu le signal de son robin, Me Daniel Cravatte, qui a trouvé le déroulé « choquant ». Et exprime son doute sur l’impartialité du Président Stéphane Maas. Il le laisse donc plaider, puis « hop », va déposer une requête en récusation, suspendant de ce fait le procès. Alors que cette affaire dans l’affaire devait être examinée le 21 septembre, le juge va finalement décider de s’abstenir « dans l’intérêt de la sérénité de la justice ». Retour à la case folle du départ.

En France, c’est la mise en examen du ministre de la Justice Éric Dupont-Moretti qui n’a pas fini de semer la zizanie. « Prise illégale d’intérêts » est l’objet de la discorde. Les syndicats de juges lui reprochent d’avoir cherché à régler ses comptes envers des magistrats avec lesquels cela c’était mal passé au temps béni de son avoca-ture. « Le garde des Sceaux a les mêmes droits que tous les justiciables » a défendu Emmanuel Macron. Ici c’est la régularité de la procédure qui sera contestée par les défenseurs de l’ancien baveux barbu. Et le Procureur près la Cour de cassation François Molins qui sera mis en cause.

Mais chez nous, nous direz-vous ? On peut aussi avoir nos monstres de magistrats et de sacrés extra-robins, tapis dans les recoins de nos salles des pas perdus. Carole Fruy, au parquet général, est la gardienne des bonnes manières. Redoutable à l’audience, gardant encore le sourire à l’extérieur. Elle attend peut-être son heure. 
Le calme donc. Avant la tempête ?    

 

Robin Dubois 

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