Toujours plus de contrôle de notre vie

Bien que les tracteurs bloquent encore plusieurs États membres, le document a malgré tout été publié ce 6 février. Il explique comment contrôler la vie des gens, comme réduire la consommation de produits laitiers de 20%, de viande de 40%, passer du bœuf à la volaille ; elle enseigne les bienfaits d’être végan. Ou encore, réduire la mobilité de 21% en remplaçant le transport aérien ou routier par le rail ou les transports « actifs », c’est-à-dire la marche ou le vélo. La Commission entend, par des mesures sournoises dispersées dans ce long texte, dicter tous vos comportements pour atteindre son objectif. Contrôler le CO₂ c’est contrôler la vie.

Un changement majeur a toutefois été apporté à la version d’avant la manifestation des agriculteurs. Il est devenu un document de discussion afin que la prochaine Commission, qui entrera en fonction en novembre, puisse décider des mesures législatives contraignantes et toujours plus punitives. Les défenseurs du climat ont été déçus, car ils s’attendaient à une nouvelle avalanche de propositions législatives, comme pour le programme FIT 55 définissant les contraintes nécessaires pour atteindre d’ici 2030 une réduction de 55% des émissions de CO₂ par rapport aux niveaux de 1990. Cette étude est beaucoup plus ambitieuse, puisqu’elle vise à atteindre 90% d’ici 2040 ! Or, les plans présentés par les États membres montrent que l’objectif de 2030 ne sera même pas atteint. Ignorant la colère des citoyens, au lieu de réfléchir à un objectif réaliste, les écologistes de la Commission ont adopté une vision maximaliste.

D’habitude, la Commission ne présente aucune politique majeure à mettre en œuvre par la mandature suivante. S’agit-il d’une tentative des membres de Greenpeace opérant dans les cabinets des commissaires pour imposer leur agenda décroissant à la prochaine commission ?

Les États membres vont-ils réagir ?

Les 27 États membres continueront-ils à suivre le diktat vert de Bruxelles-Strasbourg  ? Prenons l’exemple de la Pologne. La Commission veut mettre fin à toute utilisation du charbon, mais la Pologne est fortement dépendante de sa production de houille en Silésie. Le précédent gouvernement polonais a fait tout ce qui était en son pouvoir pour s’opposer à la politique verte, mais, isolé, il n’a pas réussi à obtenir les résultats escomptés. Le nouveau gouvernement de Donald Tusk semble plus conciliant avec la Commission, mais il est conscient de l’impact social que pourrait avoir un abandon du charbon (l’étude omnisciente indique que 3,67 % de la population de Silésie travaille dans le secteur minier). C’est pourquoi la ministre du Climat et de l’Environnement, Urszula Zielińska, pourtant membre du Parti vert, a déclaré que l’étude ne comprend pas d’objectifs contraignants et que le gouvernement décidera de la position à défendre. Notons au passage que le libéral Tusk a passé un accord avec les Verts en leur confiant le ministère de l’Environnement. Cela vous rappelle-t-il un autre exemple ? 

Tout dépendra du Parlement européen 

Mais la partie se jouera à Strasbourg, où jusqu’à présent les écologistes de tous les partis font la pluie et le beau temps. Rappelons que les deux députés du MR ont systématiquement voté vert ! Les sondages montrent que les partis les plus à droite de l’échiquier politique progressent. La manifestation des agriculteurs en est un signal fort. Ils ont démontré leur colère face aux politiques écologiques punitives décidées à Bruxelles-Strasbourg. 

Manfred Weber, président du Parti populaire européen, parti auquel appartient Ursula von der Leyen, est très inquiet des conséquences du Green Deal pour l’industrie. En tant qu’Allemand, il est bien conscient des effets négatifs de l’écologie punitive sur l’économie de son pays, qui entre en récession alors que l’EnergieWende promettait le paradis sur terre. Il a déjà fait savoir qu’il fallait faire une pause dans la mise en œuvre du pacte vert. S’il veut être cohérent, le parti populaire européen devrait lâcher von der Leyen, d’autant plus que c’est Weber qui aurait dû être président de la Commission si l’écologiste antinucléaire Emmanuel Macron ne s’y était pas opposé en obligeant l’autre antinucléaire von der Leyen.

Von der Leyen comme Hollande ?

Cependant, il semble que la présidente de la Commission veuille être reconfirmée. Face à la colère des agriculteurs, elle a décidé de faire un geste en suspendant l’objectif de réduction des pesticides. Mais ne mesurant pas l’ampleur du mécontentement, elle a néanmoins autorisé la publication de cette étude d’impact qui va bien au-delà de tout ce qui a été si vivement critiqué. C’est à se demander si elle est consciente des dommages qu’elle a causés aux citoyens européens. Si elle avait l’étoffe d’une grande politicienne, elle aurait interdit la publication de cette étude à l’heure où tant de tracteurs démontrent encore que le plan vert est honni. Ne devrait-elle pas faire comme François Hollande ? 

Que feront les chefs d’État après les élections ? Auront-ils le courage de reconduire Mme von der Leyen dans ses fonctions ? Prendront-ils le risque de voir sa nomination rejetée par un Parlement européen qui a compris le divorce avec les citoyens ? Les quatre prochains mois seront décisifs pour déterminer si l’UE persiste dans son illusion de décarboner seule le monde. Rappelons que si l’UE peut se targuer d’avoir réduit ses émissions de CO₂ (je peux expliquer que ce n’est pas principalement dû à sa politique), au niveau mondial, elles ont augmenté de 66%. Les conclusions de la COP28 indiquent clairement qu’elles vont encore augmenter. Si la prochaine Commission persiste dans son pacte vert, elle détruira notre économie et notre pouvoir d’achat sans qu’il y ait d’impact sur les émissions mondiales puisque — selon cette étude — l’UE représente 7% des émissions mondiales de CO₂.

S’ils ont compris la souffrance et l’angoisse des agriculteurs et la perte de pouvoir d’achat des ménages, s’ils ont constaté l’incurie des dirigeants du reste du monde dans la lutte contre le changement climatique, les responsables politiques de l’UE doivent d’urgence abandonner le Pacte vert, forcément liberticide et vain, et proposer des candidats qui ne seront plus les « écolo de tous les partis ».