Ce fut une sensation plus qu'une certitude. Nous possédons tous une sorte d'instinct animal, un signal interne qui alerte quand on nous observe. Ainsi, il n'est pas rare de lever la tête et de croiser un regard qui paraît nous dévisager. La personne généralement se détourne et l'incident est clos.

Harcelé par cette pénible impression, Grimm s'était arrêté au milieu du trottoir. Il s'était retourné mais n'avait rien vu de tangible, que la masse en mouvement des gens se rendant à leur travail. Se trompait-il ? Sans doute, puisque nul individu ne s'était immobilisé en catastrophe, personne n'avait fait semblant de s'intéresser à la vitrine d'un magasin, aucun demi-tour suspect ne s'était produit. 

Il avait attendu quelques secondes avant de reprendre sa marche. Cette vérification aurait dû le rassurer. Ce fut le contraire. Avant de pénétrer dans la rame de métro, il avait de nouveau inspecté ses arrières, victime d'une inquiétude grandissante. Sans motif, sans raison apparente, ce qui était bien le plus troublant.

À l'hôtel de police, en débarquant dans l'open space où ses trois adjoints bavardaient tranquillement, un gobelet de café à la main, il avait la mine soucieuse et les sourcils froncés.

Ermeline l'avait tout de suite remarqué : « Tu fais une drôle de tête, Hubert ? Ça ne va pas ? »

Toute la journée, cette appréhension l'avait poursuivi et, en travaillant avec Jarry et Blanchard sur une délicate affaire de drogue qui les occupait depuis plusieurs semaines, il avait eu des difficultés à se concentrer. À plusieurs reprises, ses deux collègues avaient dû lui rappeler des faits que pourtant il n'ignorait pas. Au point que Corentin Jarry, jamais avare de plaisanteries en tout genre, lui avait lancé sur ce ton sérieux de pince-sans-rire qu'il affectionnait : « Tu es vraiment stupéfiant aujourd'hui... »

Dans la soirée, il avait regagné son domicile en jetant fréquemment des regards autour de lui, cherchant la cause de son anxiété, mais la réalité, du moins celle découlant de sa surveillance, semblait toujours démentir son instinct.

Ce fut donc dans le hall de l'immeuble que Grimm reçut la preuve que quelque chose clochait. Dans la boîte aux lettres : une enveloppe. Il s'attendait à un événement et celui-ci venait de se produire. Hormis les factures de gaz ou d'électricité et diverses correspondances administratives, il ne recevait jamais de courrier. Jamais.

Il renonça à l'ouvrir immédiatement. En grimpant les marches de l'escalier, il l'examina avec attention. L'écriture lui était inconnue. Son nom et son adresse formaient des jambages hauts, pointus, agités, agressifs. Au dos, rien. L'expéditeur n'avait pas pris la peine d'indiquer son identité.

Il jeta la lettre sur le canapé, ouvrit le réfrigérateur et décapsula une bière. Après avoir pompé deux fois de suite sur une cigarette, il but d'un trait la moitié de la bouteille, le regard posé sur la lettre qui paraissait le défier. S'asseyant sur le divan, il la décacheta sans ménagement. Le message était rédigé de la même écriture inquiétante. « Tu es fier de ce que tu as fait ? L'heure des comptes a sonné »

Anonyme, bien sûr.

Telle une horloge qui se dérègle et ralentit, les battements de son cœur se firent plus sourds et plus lents dans sa poitrine. Ayant l'habitude d'analyser rapidement les données, il perçut tout de suite les deux volets du message : une accusation et une menace. Et cela fait craindre le pire…

L'accusation était obscure. Qu'avait-il donc fait ? Certes, son métier consistait à enquêter et à mettre hors d'état de nuire des criminels. Un flic de la PJ ne peut se prévaloir de manquer d'ennemis. Le commandant Hubert Grimm pas plus qu'un autre. Mais, en l'occurrence, à quelle affaire cette allusion se rapportait-elle ? Il n'en avait pas la moindre idée.

Parallèlement, en enquêtant sur le redoutable Drajic, un proxénète serbe, et son associé Teh, dit « le Chinois », Grimm découvre l'ombre de celui qui, insaisissable et machiavélique, le plonge dans l'enfer d'une enfance qu'il avait cru pouvoir oublier.

Dès lors, le face-à-face est inévitable. Car la haine qui sépare ces deux êtres est si puissante, si implacable, qu'elle ne peut se résoudre que dans la mort de l'un ou de l'autre.

Avec Les Entrailles du mal, Olivier Merle déroule une enquête terrifiante où le policier devient la cible. Décidé à se libérer d'un terrible secret, le commandant de la PJ de Rennes s'apprête à livrer son plus dur combat.

Violent, machiavélique !

Les entrailles du mal - Olivier Merle – Éditions XO – 2023 – ISBN 9782374485089

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